L’Anthropie — Toolkit Soin (3 dispositifs en milieu hospitalier, EHPAD, palliatif)
Trois dispositifs minimaux pour préserver la dignité de la personne soignée derrière le dossier médical, sans alourdir le travail des soignants. Pour cliniques, services hospitaliers, EHPAD, soins palliatifs, soins à domicile.
CC0 1.0 Universal. Cf. codex iter#28 #1+#2+#3 fusionnés. Territoires extrêmement sensibles : ces dispositifs complètent le soin médical, ne le remplacent jamais. Toute mise en œuvre doit respecter votre déontologie professionnelle, vos protocoles institutionnels, et le consentement de la personne concernée.
Avant : lire impérativement SAFETY.md §3 (non-thérapie) et §6 (deuil/trauma). Si vous êtes proche aidant·e isolé·e ou en burn-out, voir aussi MEDIA_DEFENSE.md Outil 4 — préparation 7 min et MODE_DEGRADE_72H.md.
Pourquoi ce toolkit
Le soin moderne tend à faire disparaître la personne derrière le dossier. Les protocoles médicaux sont nécessaires, mais ils encodent une partie minimale de qui est la personne soignée. Ces 3 dispositifs proposent des micro-pratiques qui réintroduisent la personne dans son irréductibilité, sans surcharger les soignants.
Tous sont compatibles avec les pratiques de soin éthiques existantes (humanitude, soins palliatifs centrés patient, EHPAD basés sur les valeurs). Ils ne remplacent aucun protocole — ils ajoutent une couche d’attention humaine simple.
Outil 1 — Feuille « Aujourd’hui, pour moi » (au chevet du patient)
Pour quoi
Permettre à un·e patient·e, résident·e en EHPAD, ou personne en soins palliatifs d’exprimer 3 besoins du jour sans formuler une demande complète. Lisible en 5 secondes par tout proche ou soignant qui entre dans la chambre.
Format
Feuille A5 plastifiée (ou laminée) au chevet du lit.
Effaçable au feutre Velleda. Réutilisable au quotidien.
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| AUJOURD'HUI, POUR MOI |
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| Date : _____________ ☑ Réécrit |
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| Trois besoins (cocher) : |
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| ☐ silence |
| ☐ lenteur |
| ☐ lumière douce |
| ☐ toucher (main, épaule) |
| ☐ visite |
| ☐ solitude |
| ☐ chaleur |
| ☐ fraîcheur |
| ☐ musique douce |
| ☐ un fruit |
| ☐ ne pas être réveillé·e |
| ☐ être réveillé·e à : ______ |
| ☐ autre : ___________________ |
| |
| À qui demander si je ne peux plus |
| cocher : ____________________________ |
| (proche aidant·e délégué·e) |
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Procédure
- Le matin (ou la veille), la personne ou un·e proche coche 3 cases (pas plus).
- La feuille reste visible et accessible — pas dans un tiroir.
- Tout·e soignant·e qui entre lit la feuille en 5 secondes avant d’engager la relation. Pas une obligation institutionnelle ; une pratique conviée.
- Pas de jugement sur les choix : « lumière douce » aujourd’hui n’oblige à rien demain.
- Si la personne ne peut plus cocher, le proche aidant délégué (nommé en bas) coche pour iel — avec l’humilité que c’est une interprétation.
Pourquoi 3 besoins maximum
- Plus que 3 = surcharge cognitive, on ne lit plus en 5 secondes.
- Force la priorisation par la personne : qu’est-ce qui m’aiderait vraiment aujourd’hui ?
- Réduit la frustration : 3 besoins simples ont plus de chance d’être tenus que 10 demandes complexes.
Limites
- Pas en réa active où l’inconscience ou les sédations rendent l’auto-expression impossible.
- Pas en service psychiatrique fermé sans accord de l’équipe — peut être détourné en réquisition.
- Pas pour les fins de vie où la personne est inconsciente depuis longtemps — la feuille devient projection des proches, ce qui peut générer conflit.
- Si la culture du service est hyper-protocolaire, introduire avec les cadres d’abord.
Outil 2 — Relève avec un Fait Humain
Pour quoi
À chaque transmission entre soignants (changement d’équipe, fin de garde, ré-attribution de chambre), inclure un seul fait non-clinique utile sur la personne — au-delà des paramètres médicaux et du diagnostic.
Format
Lors de la transmission orale ou écrite, ajouter UNE ligne :
Fait humain : [phrase courte sur une particularité non-médicale
de la personne, utile pour les soignants suivants]
Exemples :
- "préfère qu'on prévienne avant d'entrer"
- "panique au bruit du chariot — passer en silence"
- "est très réactif·ve à l'odeur de café — proposer thé"
- "a besoin de regarder la fenêtre 10 min en se réveillant"
- "communique mieux quand la TV est éteinte"
- "préfère qu'on l'appelle Madame, pas par son prénom"
- "a peur des aiguilles — proposer une distraction visuelle"
Procédure
- Le fait humain est ajouté par le·a soignant·e qui a observé, pas inventé par le·a suivant·e.
- Anonymisable dans les transmissions écrites (le fait peut figurer dans le dossier ou sur une feuille à part — selon culture du service).
- Évolutif : un fait peut être remplacé par un autre quand l’observation change. Pas une étiquette permanente.
- Vérifié si possible avec la personne : « Vous m’avez dit X la semaine dernière, c’est encore vrai ? » — surtout en soins de longue durée.
Pourquoi un seul fait, pas une biographie
- Une biographie complète alourdit le dossier et n’est pas lue.
- Un seul fait change le regard : la personne devient quelqu’un, pas un cas.
- Reproductible à chaque relève sans effort organisationnel majeur.
Articulation avec les protocoles existants
- Compatible avec les plans de soins individualisés.
- Compatible avec les observations infirmières structurées.
- Plus accessible que la biographie de vie (parfois pratiquée en EHPAD), qui est plus exigeante en temps.
Outil 3 — Banc des Proches en Rotation
Pour quoi
Quand un·e patient·e est en soins lourds, longs, ou palliatifs, les proches qui veillent au chevet s’épuisent silencieusement. Ce dispositif organise leur présence en 3 rôles tournants pour éviter l’épuisement, les conflits autour du lit, et la pression d’une présence permanente.
Format
Matériel :
Un banc / chaise dédiée près du lit.
Une minuterie douce (sablier 2h ou minuteur silencieux).
Une feuille A5 affichée près du lit avec la rotation.
Crayon HB.
Trois rôles tournants (rotation toutes les 2 heures par défaut) :
1. PRÉSENCE
Assis·e sur le banc. Ne lit pas, ne parle pas au téléphone.
Si la personne s'éveille, présence calme.
Si elle dort, présence silencieuse.
2. LOGISTIQUE
Hors de la chambre. Gère messages, repas, démarches
administratives, accueil d'autres proches.
Décharge la PRÉSENCE des sollicitations extérieures.
3. RETRAIT
Hors de la chambre, hors de la zone d'attente.
Repos actif : marche, sieste, douche, repas chez soi.
Pas de culpabilité — c'est doctrinalement nécessaire.
Procédure
- Avant l’organisation : les proches volontaires se concertent sur la durée totale (ex. les 4 prochains jours, ou jusqu’à un seuil médical). Un·e seul·e initiateur·trice rédige la rotation.
- Affichage public près du lit, avec accord du service.
- Rotation toutes les 2 heures (ou selon ce que les proches négocient — peut être 4h en service moins critique).
- Pas de chevauchement excessif : la PRÉSENCE part dès que la nouvelle PRÉSENCE arrive. La LOGISTIQUE et le RETRAIT ne se rencontrent pas autour du lit.
Pourquoi 3 rôles distincts
- PRÉSENCE seule = épuisement après 6-8 heures même quand la personne dort. Le rôle est plus exigeant qu’on ne croit.
- LOGISTIQUE séparée = le·la PRÉSENCE n’a pas à gérer cousin éloigné qui appelle à 23h.
- RETRAIT explicite = légitime le repos. Sans rôle nommé, beaucoup de proches restent en culpabilité.
Limites éthiques
- Pas une réquisition des proches : qui ne veut pas tenir un rôle ne le tient pas. Pas de jugement entre proches.
- Pas un dispositif de gestion de conflit : si les proches sont en conflit grave (héritage, famille recomposée, etc.), médiation nécessaire avant la rotation.
- Compatible avec le service : informer l’équipe soignante de la rotation pour qu’elle sache qui est qui.
- Pas pour le service psychiatrique sauf cas exceptionnel et avec accord total de l’équipe médicale.
Articulation avec les soins palliatifs
Les services de soins palliatifs ont souvent des protocoles d’accueil des proches (chambres familiales, lits d’accompagnement, etc.). Ce dispositif complète sans les remplacer. Si votre service propose déjà une organisation, l’adapter au lieu de la doubler.
Pour qui anime ces 3 dispositifs
- Soignant·e individuellement : les 3 dispositifs peuvent être proposés par un·e soignant·e à sa propre échelle (chambre dont iel a la charge, équipe de garde).
- Cadre de service : peut institutionnaliser le Fait Humain dans les transmissions standard.
- Direction d’EHPAD : peut proposer le Banc des Proches comme protocole d’accueil familial.
- Proche aidant·e : peut introduire la Feuille Aujourd’hui au chevet d’un proche, avec l’accord du service.
Limites globales
- Pas un substitut au soin médical. La déontologie professionnelle prime.
- Pas pour des contextes hyper-procédurés (réa, bloc opératoire, urgences) sans adaptation lourde.
- Pas une révolution organisationnelle : ces 3 outils sont micro-pratiques, pas réformes structurelles.
- Évolutifs : un service peut adapter les listes (besoins, faits humains, durée des rôles) selon sa culture.
Articulation avec l’édifice
- Couche 1 (LA MATRICE) : la Feuille « Aujourd’hui pour moi » est une variante adulte des 7 strates de présence intergénérationnelle.
- Couche 8 (LA MYCOLOGIE) : le Banc des Proches en Rotation est une mini-cellule mycéliale autour d’un lit. Les 3 rôles (Présence, Logistique, Retrait) sont des instances de la doctrine « cellule observation longue ».
- Couche 10 (LE CONSEIL DES MORTS) : si la personne décède, la Feuille et la rotation deviennent traces que les proches peuvent intégrer dans leur
BOITE_DES_ABSENTS.md(pochette 6 Lieux, pochette 8 Dettes et gratitudes). - Couche 12 (LE SEUIL DE LA BRISURE) : ces dispositifs sont des anti-pathologisations opérationnelles — ils refusent que la personne soit réduite à son diagnostic.
« Lire la chambre en 5 secondes. Transmettre une particularité humaine. Tenir une rotation à 3. Trois petits gestes contre la disparition. »